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Diagnostic et traitement des cryptosporidioses

Diagnostic

L’infection à Cryptosporidium est à évoquer chez tout patient présentant une diarrhée, aiguë ou persistante, surtout s’il est immunodéprimé, et on suspectera une cryptosporidiose chez tout patient diarrhéique de retour d’un voyage en zone tropicale.

Diagnostic microscopique

L’examen en microscopie optique d’un frottis de selle sera réalisé directement à partir du prélèvement ou après enrichissement par technique de flottation ou par une technique diphasique utilisant du diéthyléther (méthode de Bailenger). L’observation du frottis de selles se fait après coloration par la fuschine phéniquée (technique de Ziehl- Neelsen modifiée) qui conduit à une coloration des oocystes en rose ou par observation en contraste de phase d’un frottis fécal permettant de mettre en évidence les parasites en « négatif » soit directement sans colorant, soit après ajout de carbofuschine phéniquée (technique de Heine). L’examen en microscopie à fluorescence met en évidence les oocystes dans un frottis de selle après coloration par l’auramine ou après marquage par un anticorps spécifique couplé à la fluorescéine. La sensibilité des techniques microscopiques varie de 73 à 94 % avec une spécificité comprise entre 95 et 100 % [2].

Diagnostic par immunochromatographie

Les copro-antigènes parasitaires peuvent être détectés dans les selles par méthode Elisa ou par des tests de diagnostic rapide (TDR) immunochromatographiques. Malgré leur excellente spécificité proche de 100 %, la sensibilité des ces méthodes varie et s’avère insuffisante pour détecter de faibles quantités de parasites et/ou les espèces autres que C. parvum et C. hominis [1,3].

Diagnostic moléculaire

Les techniques d’amplification génique (PCR) permettent l’amplification de l’ADN parasitaire dans les selles (ou dans les biopsies intestinales), elles ont une excellente sensibilité, sous réserve d’une extraction adaptée et une spécificité, proche de 100 %. De plus, elles permettent après séquençage des amplicons d’identifier les différentes espèces et/ou génotypes pathogènes [1].

 

Traitement

La réhydratation orale ou intraveineuse et le contrôle du bilan électrolytique associés à une nutrition adaptée des patients diarrhéiques restent capitales pour la prise en charge des cas sévères.

La plupart des molécules à activité antiparasitaire n’ont aucune efficacité au cours de la cryptosporidiose, probablement à cause du développement intracellulaire particulier du parasite et de voies métaboliques fondamentalement différentes de celles des autres protozoaires. Ceci est particulièrement préoccupant, notamment pour les groupes à risque.

Traitement du patient immunocompétent

Seul le nitazoxanide (NTZ) (médicament disponible en France après obtention d’une autorisation temporaire d’utilisation nominative) a fait la preuve d’une certaine efficacité clinique. Le NTZ est un agent antiparasitaire de la famille des thiazolides ayant un spectre d’activité très large. L’efficacité du NTZ dans le traitement de la cryptosporidiose des patients immunocompétents a été bien établie dans des études cliniques en double insu contre placebo, un traitement de 3 jours permettant d’obtenir une guérison clinique et parasitologique, les effets indésirables étant similaires au placebo. De plus, ces études ont révélé une réduction statistiquement significative de la mortalité par cryptosporidiose chez des enfants malnutris.

Le NTZ n’entraîne aucune inhibition significative des enzymes du cytochrome P450, y compris CYP2C8, entraînant des interactions médicamenteuses. Aucun allongement de QTc n’a été constaté chez des volontaires humains. Le NTZ a été approuvé par la ‘‘Food and Drug Administration’’ américaine pour l’adulte et l’enfant âgé de plus de 12 mois [2]. Il pourrait, par ailleurs, éviter les séquelles à long terme sur la croissance ou sur le développement d’un syndrome de l’intestin irritable post-infectieux. Plus de 70 millions de personnes ont été traitées en Amérique du Nord et du Sud sans effets indésirables significatifs rapportés, y compris au cours de traitements de 12 mois (pour une hépatite C chronique) [4].

Traitement du patient immunodéprimé

Il existe peu de preuves de l’efficacité du NTZ chez les sujets en cas de profonde immunodépression notamment ceux ayant moins de 50 lymphocytes T CD4+/mm3. La reconstitution de l’immunité avec la thérapie antirétrovirale pour les patients infectés par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) ou la diminution de la thérapie immunosuppressive sont cruciales pour une élimination complète du parasite. À côté de ces 2 molécules, des études observationnelles chez les patients infectés par le VIH ont permis d’établir que la rifabutine, un dérivé de la rifamycine, pouvait être utile pour le traitement ou la prévention de la cryptosporidiose, seule ou en association avec d’autres médicaments antiparasitaires, tout comme l’azithromycine [5].

 

Références

[1] Checkley W, White Jr AC, Jaganath D, et al. A review of the global
burden, novel diagnostics, therapeutics, and vaccine targets for
cryptosporidium. Lancet Infect Dis 2015;15:85–94.
[2] Arrowood MJ, Sterling CR. Comparison of conventional staining methods
and monoclonal antibody-based methods for Cryptosporidium oocyst
detection. J Clin Microbiol 1989;27:1490–5.
[3] Helmy YA, Krücken J, Nöckler K, et al. Comparison between two
commercially available serological tests and polymerase chain reaction in
the diagnosis of Cryptosporidium in animals and diarrhoeic children.
Parasitol Res 2014;113:211–6.
[4] Rossignol JF. Cryptosporidium and Giardia: treatment
options and prospects for new drugs. Exp Parasitol
2010;124:45–53.
[5] Abubakar I, Aliyu SH, Arumugam C, et al. Treatment of cryptosporidiosis
in immunocompromised individuals: systematic review and meta-analysis.
Br J Clin Pharmacol 2007;63:387–93.

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